Jour : 18 octobre 2026

  • Appareils électriques : quand le premier responsable de l’incendie, c’est vous

    Appareils électriques : quand le premier responsable de l’incendie, c’est vous

    « Le premier responsable, c’est toi! » C’était le thème de la Semaine de la prévention des incendies 2026, qui vient de se tenir du 4 au 10 octobre partout au Québec. Et cette année, la campagne mettait l’accent sur un coupable discret, présent dans chaque pièce de nos maisons : l’usage de nos appareils électriques.

    Les chiffres donnent le ton : près de la moitié des incendies résidentiels au Québec découlent d’une erreur humaine, et près d’une fois sur quatre, les appareils électriques ou l’équipement de distribution d’électricité sont en cause. Autrement dit, dans un cas sur quatre, le feu est parti d’une prise, d’un fil ou d’un appareil. La bonne nouvelle ? C’est aussi le type d’incendie le plus facile à prévenir — parce que le premier responsable, c’est nous, et que nous avons tous les gestes en main.

    Pourquoi l’électricité déclenche des feux

    Reprenons le triangle du feu, dont nous parlions dans notre précédent article : un incendie a besoin d’un combustible, d’oxygène et de chaleur. L’électricité fournit la chaleur. Quand un courant traverse un fil, celui-ci chauffe — c’est normal et sans danger, tant que l’installation est saine. Le problème commence quand la chaleur devient excessive : circuit surchargé, mauvais contact, fil endommagé ou appareil défectueux. Le fil ou la fiche chauffe alors au point d’enflammer ce qui l’entoure : un rideau, un tapis, un meuble, de la poussière accumulée. Le triangle se referme, et le feu prend.

    Les comportements à risque les plus fréquents

    Les multiprises surchargées — et en cascade. Une télévision, une console, un chargeur, une lampe et un radiateur d’appoint sur la même prise du salon : c’est le scénario classique. Chaque multiprise a une capacité maximale (en watts ou en ampères), et la dépasser fait chauffer l’ensemble. Pire encore : brancher une multiprise dans une autre multiprise. Si vous manquez de prises, la vraie solution est de faire ajouter des prises murales par un électricien.

    Les rallonges utilisées comme installation permanente. Une rallonge, c’est une solution temporaire — pas un câble mural. Les abandonner branchées en permanence, les enchaîner entre elles, les faire passer sous un tapis ou dans une embrasure de porte : autant de façons de les faire surchauffer à l’abri des regards. Une rallonge doit toujours être entièrement déroulée pendant son usage, en bon état, et de calibre adapté à ce qu’elle alimente.

    Les chargeurs et les appareils laissés branchés sans surveillance. Chargeurs de téléphone, tablettes, outils électriques, vélos et trottinettes électriques : nos maisons n’ont jamais compté autant de batteries en recharge. Un chargeur bon marché non certifié, un appareil chargé sur un lit ou un divan, une batterie gonflée qu’on continue d’utiliser : voilà des départs de feu qui se multiplient. (Nous avions d’ailleurs consacré un article entier aux risques des batteries au lithium-ion.)

    Les appareils endommagés, modifiés ou non certifiés. Un fil dénudé, une fiche qui tient mal dans la prise, un appareil « réparé » maison, un gadget sans sceau de certification : au Québec, tout appareil électrique vendu devrait porter un sceau comme CSA ou ULC, qui atteste qu’il a été testé selon les normes canadiennes. Sans ce sceau, méfiance.

    Le chauffage d’appoint sur rallonge. Avec l’automne qui s’installe, les petits radiateurs ressortent. Règle d’or : un appareil de chauffage se branche directement dans une prise murale — jamais sur une rallonge ni une multiprise — et ne reste jamais sans surveillance.

    Les petits appareils chauffants oubliés branchés. Fer à repasser, fer à friser, grille-pain, bouilloire : débranchez-les après usage. C’est l’un des gestes les plus simples — et l’un des plus payants.

    Une multiprise surchargée : trop d’appareils branchés, des câbles emmêlés — le scénario classique des incendies d’origine électrique

    Recharger ses appareils en toute sécurité

    Le thème fédéral de la Semaine de la prévention 2026 le disait avec humour : « recharger ses appareils en toute sécurité, c’est un superpouvoir ». Quelques habitudes suffisent : utilisez les chargeurs d’origine ou certifiés par le fabricant, rechargez sur une surface dure et dégagée (jamais sur un lit ou un divan), ne laissez pas un appareil en charge sans surveillance prolongée, et mettez au rebut toute batterie gonflée, fissurée ou qui chauffe anormalement — en la rapportant à un point de dépôt, pas à la poubelle.

    Recharger en toute sécurité : chargeurs certifiés, surface dégagée, rien d’inflammable à proximité

    Les bons réflexes, en résumé

    La campagne québécoise 2026 les résume en gestes simples, que nous ne pouvons qu’appuyer :

    • N’utilisez que des appareils certifiés (sceau CSA ou ULC) et ne modifiez jamais un appareil ou un équipement électrique ;
    • Ne surchargez pas les prises : un seul gros appareil par prise, et respectez la capacité de vos multiprises ;
    • Réservez les rallonges à un usage temporaire, en bon état, entièrement déroulées, jamais sous un tapis ;
    • Débranchez les petits appareils — surtout ceux qui produisent de la chaleur — quand vous ne vous en servez pas ;
    • Éloignez les appareils électriques de l’eau et des matériaux combustibles ;
    • Si vos disjoncteurs sautent souvent, ne vous contentez pas de les réarmer : c’est le signe d’une surcharge ou d’un défaut — faites vérifier l’installation par un électricien ;
    • Gardez un avertisseur de fumée fonctionnel à chaque étage et dans chaque chambre, et exercez votre plan d’évacuation en famille.
    Un panneau électrique propre, en ordre et bien identifié : le signe d’une installation saine

    Ce que dit la réglementation

    Au Québec, la sécurité électrique n’est pas qu’une question de bon sens : les appareils vendus doivent être certifiés, et les installations électriques relèvent du chapitre Électricité du Code de construction, sous la surveillance de la RBQ — les travaux doivent être confiés à des électriciens qualifiés. Et rappelons que, comme pour tout risque d’incendie, la Loi sur la sécurité incendie confie aux municipalités la prévention sur leur territoire, notamment par les visites de prévention des services de sécurité incendie.

    Conclusion

    Un incendie d’origine électrique n’est jamais une fatalité : c’est presque toujours la rencontre d’une installation ou d’un comportement à risque avec un combustible à proximité. Le thème de cette année le dit bien : le premier responsable, c’est vous — et c’est une bonne nouvelle, parce que cela signifie que la prévention est entre vos mains.

    Chez Prévaction Services conseils, nous aidons les entreprises à repérer ces risques avant qu’ils ne se transforment en sinistre : analyse des risques, plans de prévention, sécurité incendie et plans d’évacuation. Parce que la meilleure gestion de crise est celle qui n’a jamais eu lieu.

    Un doute sur la sécurité électrique de vos installations ? Parlons-en.

    Sources

  • Comment se déclenche un incendie ? Comprendre le triangle du feu pour mieux prévenir

    Comment se déclenche un incendie ? Comprendre le triangle du feu pour mieux prévenir

    Chaque année au Québec, les incendies endommagent en moyenne 4 951 maisons — 13 par jour —, blessent 308 personnes et forcent l’évacuation de 27 000 personnes. Et près de la moitié de ces incendies résidentiels sont liés à une distraction ou à une erreur humaine.

    Pourtant, un incendie n’arrive jamais par hasard. Il obéit à une mécanique précise, que les services de sécurité incendie résument en une image simple : le triangle du feu. Comprendre ce triangle, c’est comprendre à la fois comment un feu naît… et comment l’empêcher de naître.

    Le triangle du feu : trois ingrédients, pas un de moins

    Un feu a besoin de trois éléments réunis au même endroit, au même moment :

    1. Le combustible — tout ce qui peut brûler : bois, papier, tissus, graisse de cuisson, essence, gaz, poussières…
    2. Le comburant — l’oxygène contenu dans l’air ambiant (environ 21 % ; sous 16 %, la plupart des feux s’éteignent d’eux-mêmes).
    3. L’énergie d’activation — la chaleur : une flamme, une étincelle, une surface brûlante, un court-circuit.

    Réunissez les trois en proportions suffisantes : la combustion démarre. Retirez-en un seul : aucun feu n’est possible. C’est aussi simple — et aussi exigeant — que cela.

    (Les spécialistes ajoutent parfois un quatrième élément, la réaction en chaîne, qui entretient la combustion une fois amorcée : on parle alors du « tétraèdre du feu ». C’est elle que les agents extincteurs viennent briser.)

    Le triangle du feu : combustible, comburant (oxygène) et chaleur — retirer l’un des trois éléments éteint le feu

    Comment le triangle se referme : à la maison

    La cuisson, d’abord. Le tiers des incendies résidentiels prennent naissance dans la cuisine, et les feux de cuisson trônent au sommet des causes sur l’île de Montréal. Le scénario est toujours le même : l’huile chauffe (la chaleur) dans la casserole, l’huile elle-même servant de combustible, à l’air libre (le comburant). Quelques minutes d’inattention — un enfant, un téléphone — et le point d’auto-inflammation est atteint. Et l’eau aggrave tout : versée sur de l’huile enflammée, elle la vaporise et projette le feu.

    L’électricité, ensuite. Les appareils électriques et l’équipement de distribution constituent la source de chaleur de plus de 23 % des bâtiments résidentiels endommagés : surcharge des circuits, multiprises en cascade, rallonges coincées sous les tapis, appareils non certifiés.

    Le chauffage, surtout au Québec où la saison dure d’octobre à avril : un poêle mal entretenu ou une cheminée non ramonée, c’est de la chaleur appliquée directement à de la suie — un combustible redoutable.

    Le reste du temps, c’est l’erreur humaine qui referme le triangle : article de fumeur mal éteint, bougie laissée sans surveillance, filtre de sécheuse bourré de charpie. Les chiffres du ministère de la Sécurité publique sont éloquents : en 2019-2020, 48,5 % des bâtiments résidentiels endommagés l’ont été à cause d’une erreur humaine, et 21,9 % à cause d’une défaillance mécanique ou électrique.

    Feu de cuisson : on étouffe le feu avec un couvercle pour retirer l’oxygène — jamais d’eau sur de l’huile enflammée

    … et en milieu d’affaires

    Les mêmes trois ingrédients, mais à une autre échelle — et avec des conséquences plus lourdes :

    • Les travaux à chaud : soudage, découpage, dégèle de tuyaux. Des étincelles à plus de 1 000 °C projetées près de cartons, de copeaux ou de liquides inflammables : le triangle se referme en une seconde.
    • Les installations électriques : comme à la maison, en plus gros — armoires surchargées, équipements vieillissants, entretien négligé.
    • L’entreposage : quand les combustibles s’accumulent près des sources de chaleur, il ne manque plus que l’étincelle.
    • Les risques propres à l’activité : poussières combustibles dans les ateliers de travail du bois, batteries au lithium-ion qui s’emballent thermiquement.
    • L’origine criminelle, enfin, n’est pas négligeable : à Québec, 22 % des incendies enquêtés en 2024 étaient d’origine suspecte.
    Prévention en entreprise : extincteur accessible, sortie de secours signalée et plan d’évacuation affiché

    Ce que dit la réglementation au Québec

    Comprendre le triangle, c’est bien ; la loi, elle, impose de s’en prémunir :

    • Construction neuve : le Code de construction du Québec (chapitre Bâtiment), sous la surveillance de la RBQ, impose les règles de résistance au feu, de compartimentation et de détection dès la conception.
    • Bâtiments existants : le Code de sécurité (chapitre Bâtiment) exige la conformité aux normes en vigueur selon l’année de construction ou de transformation, ainsi que le respect du Code national de prévention des incendies là où la municipalité l’applique.
    • La RBQ précise : système de détection et d’alarme incendie requis dans les bâtiments d’habitation où dorment 10 personnes et plus ; éclairage d’urgence d’au moins 30 minutes dans les escaliers d’issue et les corridors communs ; séparations coupe-feu entre les logements.
    • Les municipalités, en vertu de la Loi sur la sécurité incendie, établissent un schéma de couverture de risques et appliquent leurs règlements : visites de prévention, avertisseurs obligatoires, encadrement de certains travaux.
    • En milieu de travail, l’article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail oblige l’employeur à « prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité » des travailleurs — dont, nommément, « les mesures de sécurité contre l’incendie » : plan d’évacuation, issues dégagées et signalées, extincteurs appropriés, accessibles et inspectés, formation du personnel.

    Prévenir, c’est briser le triangle

    Chaque mesure de prévention consiste à retirer — ou à tenir à distance — l’un des trois côtés :

    • Agir sur le combustible : entreposage ordonné, éloigner tout combustible des sources de chaleur, ramoner la cheminée, nettoyer le filtre de la sécheuse, gérer les matières dangereuses selon les règles.
    • Agir sur la chaleur : appareils électriques certifiés (sceau CSA/ULC), aucune surcharge des circuits, entretien régulier des installations, permis et surveillance pour les travaux à chaud en entreprise.
    • Agir sur le comburant : compartimentation, portes coupe-feu refermées — jamais bloquées ouvertes ! — clapets et obturations.
    • Briser la réaction en chaîne : extincteurs adaptés aux risques, accessibles, inspectés chaque année… et du personnel qui sait s’en servir.
    • Détecter tôt : des avertisseurs de fumée fonctionnels à chaque étage — près d’un bâtiment résidentiel incendié sur trois n’en compte aucun qui fonctionne — et un plan d’évacuation connu et pratiqué : il faut parfois moins de trois minutes pour évacuer une résidence.

    Conclusion

    Un incendie n’est jamais le fruit du hasard : c’est la rencontre d’un combustible, d’oxygène et de chaleur. Celui qui comprend le triangle du feu tient entre ses mains toute la prévention : il suffit d’empêcher que les trois côtés se rejoignent.

    C’est exactement notre métier chez Prévaction Services conseils : analyser vos risques, bâtir des plans de prévention concrets et préparer vos équipes. Parce que, comme nous le répétons souvent, la meilleure gestion de crise est celle qui n’a jamais eu lieu.

    Vous voulez évaluer l’exposition de votre entreprise au risque d’incendie ? Parlons-en.

    Sources